Élections européennes : « Il va falloir apprendre à travailler ensemble »

À l’issue des élections européennes du 9 juin, la France semble perdre de son influence à Bruxelles et notamment au sein du PPE, le groupe le plus important du Parlement. Pour le Syndicat Général des Vignerons, l’avenir de la viticulture passe dorénavant par un renforcement de la collaboration entre les autres organisations viticoles européennes.

Temps de lecture : 4 minutes

Auteur : Alain Julien

Les larges victoires des partis identitaires en France, en Belgique, en Italie, en Autriche et en Hongrie, ne bouleversent pas pour autant les grands équilibres au sein du Parlement européen.

Les conservateurs du Parti populaire européen (PPE) arrivés en tête dans 13 des 27 États membres, augmentent leur prédominance au Parlement avec 190 sièges contre 176 en 2019. Le score du parti LR en France (7,2 %) fait ainsi figure d’exception dans une Europe qui a largement voté pour les candidats de la droite européenne.

Le groupe social-démocrate, en légère baisse (-3 sièges), maintient sa deuxième place avec 136 élus devant les 80 élus de Renew (Renaissance) en baisse de 22 sièges par rapport à la dernière mandature.
À noter également, le recul des Verts qui perdent 19 sièges.

« Ce sera probablement toujours au sein du PPE, du groupe S&D et de Renew que se construiront les futures majorités dans cette mandature. Mais c’est au niveau de la représentation nationale que la donne change, la France sort affaiblie de cette élection, notamment dans le groupe PPE qui ne comptera qu’une petite délégation de 6 députés français sur 190 », constate Pascal Bobillier-Monnot, directeur adjoint du SGV, en charge des affaires politiques et syndicales.

 

Renforcer la veille à Bruxelles

La France ne représente que la neuvième délégation du PPE à égalité avec les Pays-Bas, la Bulgarie et la Croatie, loin derrière l’Espagne (22 députés), la Pologne (23 députés) et l’Allemagne qui devrait prendre la présidence du groupe avec ses 30 députés.

Dans le groupe S&D, la France occupe 13 sièges en quatrième place derrière l’Allemagne (14 élus), l’Espagne (20 élus) et l’Italie (21 élus).
Dans le groupe Renew, les Français restent en tête avec 13 sièges.

« Pour peser dans les futures coalitions qui vont être construites sur les sujets viticoles, la France va devoir se rapprocher des organisations des autres États membres et particulièrement d’Allemagne. Il va falloir apprendre à travailler ensemble », souligne-t-il.

Selon lui, la concertation avec les vignerons espagnols, italiens et portugais s’opère au sein de la fédération européenne des vins d’origine (Efow), dont le président du SGV Maxime Toubart a été élu vice-président au titre de la Confédération nationale des producteurs de vins et eaux-de-vie de vin à Appellations d’Origine Contrôlées (Cnaoc).

« L’Allemagne est membre d’autres organisations comme la Copa-Cogeca et de l’Arev, mais nous entretenons des liens assez forts notamment depuis la venue de Klaus Schneider, le président de la Fédération des associations viticoles d’Allemagne (DWV) à notre assemblée générale », précise pour sa part Maxime Toubart, le président du SGV.

Par ailleurs, la Champagne va renforcer sa veille à Bruxelles au travers d’un cabinet de lobbying spécialisé dans les problématiques agricoles et viticoles.

 

Renforcer l’influence auprès des ministères

Le SGV déplore la faible représentativité du monde agricole parmi les nouveaux eurodéputés français qui ne compte que deux professionnelles du secteur ; l’exploitante céréalière Céline Imart (LR) et l’éleveuse Valérie Deloge (RN).

« Nous avions plaidé auprès des partis politiques pour placer plus d’agriculteurs ou de viticulteurs en position éligible, mais nous n’avons pas été entendu. Nous perdons ainsi deux alliées importantes Irène Tolleret (Renew), présidente de l’Intergroupe Vins qui ne s’est pas représentée et d’Anne Sander (PPE) avec qui nous avions travaillé sur la dernière réforme de la PAC et sur la prolongation du régime de plantation jusqu’en 2045 », déplore le président du SGV.

Selon lui, la dissolution de l’Assemblée nationale accroit encore le risque d’affaiblissement de la France à Bruxelles. Il rappelle le rôle clé des Commissaires européens proposés par chaque État membre. « Dans la précédente mandature, Thierry Breton avait le poste de Commissaire au Marché intérieur, l’un des portefeuilles majeurs de la Commissions européenne y compris pour les dossiers vitivinicoles. Si la France sort affaiblie des prochaines législatives, nous aurons des difficultés à obtenir un portefeuille aussi important. »

Pascal Bobillier-Monnot pointe également le risque de perte d’influence française lors des actuelles discussions entre chefs d’État et de gouvernement des pays de l’UE sur la répartition des différents postes clés (top jobs), dont celui de la présidence de la Commission.

Face à ce constat, le SGV entend bien renforcer ses actions d’influences auprès des parlementaires pour les sensibiliser encore plus sur les sujets européens. « La Commission européenne propose, mais c’est le Parlement et le Conseil des Ministres européens qui décident. Nous avons donc l’obligation de travailler beaucoup plus étroitement avec les ministres de l’Agriculture, de la Santé et de l’Environnement, qui vont représenter la France sur les sujets viticoles à Bruxelles. Il est nécessaire également d’inciter les parlementaires à se rapprocher de la commission des affaires européennes à l’Assemblée nationale et au Sénat L’avenir de la viticulture se joue en grande partie au niveau européen. Nous nous devons d’y être présents », insiste-t-il.

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