La Commission des Viticultrices de Champagne au chevet du vignoble

Depuis plusieurs années, le bien-être et la santé sont au cœur des préoccupations de la Commission des Viticultrices de Champagne, une thématique abordée sous plusieurs angles lors de leur dernière assemblée générale.

Temps de lecture : 4 minutes

Auteur : Guillaume Perrin

Trois ans après avoir ouvert le chantier de la santé et du bien-être — pas seulement du point de vue physique —, la Commission des Viticultrices de Champagne (CVC) a avancé des pistes et outils d’amélioration lors de son assemblée générale du 28 mars.

Ces solutions, quasiment des diagnostics médicaux, ont été livrées au terme d’un long bilan de santé du vignoble champenois, et de celles et ceux qui le font vivre, initié sous le prisme d’une « santé globale » (lire encadré).

Autour de la table ronde qui a permis de détailler l’état du patient, toutes les composantes de la viticulture champenoise étaient représentées : David Ménival, directeur de la Filière Champagne au Crédit Agricole du Nord-Est, Raphaël Fattier, directeur de la Cnaoc, Marie-Cécile Damave, responsable Innovations et affaires internationales au think tank Agridées, Pierre Naviaux, responsable du service Développement durable au Comité Champagne, Estelle Bedet, de la Commission des Viticultrices, Virginie Morle, responsable prévention et accompagnement du mal-être à la MSA Sud Champagne, ou encore Marie Decovemacker, accompagnatrice Réagir 51

La présidente Séverine Couvreur souhaitait lors de cette assemblée générale lier « la santé de nos entreprises » à la RSE, son cheval de bataille et « outil de pilotage de la santé agricole » : « elles ont en commun ce positionnement de l’humain au cœur de la stratégie de développement des structures ».

Pour autant, la RSE « ne va pas de soi dans le vignoble », encore trop considérée comme une « norme administrative » ou « une contrainte » par « des professionnels saturés, donc hermétiques à tout nouveau concept. » Mais comme la table ronde du jour l’a dévoilé, cette saturation a malheureusement de bonnes raisons d’être.

 

« Attention aux signaux faibles »

Autour de Marie-Cécile Damave, qui représentait le groupe de réflexion Agridées, les invités de la CVC ont dessiné le contexte que traverse le vignoble champenois.

Raphaël Fattier, directeur de la Cnaoc, a ainsi évoqué les « très bons signaux de la Champagne dans un monde du vin en décroissance », mais alerte le public sur la phase de transition que traversent les acteurs du vin et les appellations. En Champagne, les signaux faibles d’une fragilité sont bien présents : baisse du chiffre d’affaires et de la consommation intérieure, aléas climatiques et crises géopolitiques… Le directeur de la Cnaoc exhorte à transformer le poids économique de la Champagne en poids politique.

David Menival, directeur de la filière Champagne au Crédit Agricole du Nord-Est, a quant à lui souligné que malgré la bonne santé économique du vignoble, une partie des viticulteurs expriment des réticences, voire un ras-le-bol profond face aux mises en conformité réglementaires. Un constat de « surcharge mentale et administrative » dans un vignoble vieillissant — où 37 % des exploitants champenois ont plus de 60 ans —, avec parfois des exploitations qui cessent d’exister faute de repreneur.

Pour Pierre Naviaux, responsable du service Développement Durable au Comité Champagne, la santé des vignes est étroitement liée à la santé des sols. En Champagne, 70 % des surfaces de vigne sont aujourd’hui sous certification environnementale — soit 24 114 ha en janvier 2025. « Restaurer la santé des écosystèmes, c’est être beaucoup plus endurants face aux aléas qui se multiplient », a-t-il affirmé.

Estelle Bedet, de la CVC, a expliqué les résultats du premier baromètre de la santé du vignoble, une initiative qui a vocation à être renforcée par de nouveaux indicateurs afin « d’approfondir le diagnostic » et de « mieux accompagner les personnes en difficulté. » Il ressort de cette enquête de multiples préoccupations d’ordre avant tout psychologique chez les vignerons, avec des questionnements sur le plan du climat et de la règlementation, loin devant la technique, les questions sociales ou encore l’économie. La santé mentale, grande cause nationale de 2025, est bel et bien la priorité du moment dans le vignoble.

La CVC espère également, avec la création d’un groupe de travail « Évolution de la situation familiale », présenter en 2026 le fruit de ses réflexions sur la problématique des séparations dans le monde viticole. Les points de vigilance à mémoriser seront notamment recensés dans un livret.

 

Ne pas rester seul(e) dans son mal-être

Pour apporter des réponses à certaines interrogations et doutes, les interlocuteurs sont légion. C’est ce qu’ont démontré Virginie Morle, responsable prévention et accompagnement du mal-être à la MSA Sud Champagne et Marie Decovemacker, accompagnatrice Réagir 51. Outre son médecin traitant, il est notamment possible de se tourner vers le réseau des Sentinelles, qui compte 8 054 bénévoles actifs en 2024, la ligne Agri’écoute joignable au 09 69 39 29 19, ou encore les dispositifs locaux de signalement de la MSA, qui existent dans tous les départements de l’Appellation. Dans la Marne, la cellule Réagir est joignable au 03 26 04 74 09.

 

« Une seule santé » avec les agriculteurs au centre

« One Health » était le concept au cœur de cette assemblée générale de la CVC. Derrière cet anglicisme se cache un sujet qui a animé le groupe de réflexion Agridées à partir de la pandémie de Covid-19. Ce concept, qui cherche à « garantir la bonne santé des humains directement ou indirectement », « mobilise de nombreux acteurs, mais a tendance à oublier ceux du monde agricole », relève Marie-Cécile Damave, autrice de la note publiée par l’association.

Si, au premier abord, « le monde de la santé perçoit l’agriculture de manière plutôt négative », certains problèmes ne peuvent être imputés au monde agricole, notamment ce qui relève du comportement des consommateurs.

Marie-Cécile Damave souligne l’importance du lien entre la santé des agriculteurs et celle des sols, des végétaux, de l’économie… et bien entendu des humains. Agridées a identifié deux priorités en conclusion de ce rapport : l’alimentation durable et l’agriculture bas carbone. Deux solutions qui ne pourront être pérennisées que si les agriculteurs peuvent en vivre, ce qui doit passer, selon Agridées, par « une cohérence règlementaire et de politiques publiques », ainsi que par les innovations techniques et génétiques.

 

La note complète « One Health / Une seule santé : augmentée, territoriale, avec les agriculteurs », peut être consultée sur www.agridees.com/notes

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