Chez Christine et Vincent Scher-Sévillano, vignerons indépendants à Vincelles, les idées fusent, les investissements suivent. Le couple innove, expérimente, s’interroge et ose avec en constante ligne de mire le respect de l’environnement et l’œnotourisme. Depuis leur arrivée en 2007, le chemin parcouru valorise les huit hectares familiaux et notamment le meunier roi.
Chaque rencontre avec Christine et Vincent Scher-Sévillano, vignerons à Vincelles, s’enrichit de découvertes, surprises et bonne humeur. Dernière nouveauté en date : le lancement d’un coteau champenois blanc 100 % meunier et 100 % fût de chêne, nommé L’Indiscrète. Une cuvée qui s’ajoute aux sept autres créées depuis 2007 par ce duo passionné et travailleur. “Certaines sont en toute petite série, précise le couple membre des Vignerons Indépendants, mais c’est très intéressant de montrer le potentiel aromatique de notre terroir de Vincelles. Et évidemment nous avons d’autres envies, tous les ans nous faisons des tests d’assemblages différents, de vins différents mais qui portent toujours notre signature-maison : la rondeur, le fruit et la gourmandise tout en élégance.”
La décision de reprendre les rênes de l’exploitation, mûrement réfléchie, n’avait rien d‘évident. Christine était journaliste à Paris, au départ spécialisée dans les relations internationales en freelance puis embarquée en CDI dans l’aventure du Journal de l’Environnement : “J’ai été embauchée pour mon profil politique et économique, bref pragmatique, et non militant”. Vincent, lui, créait des sites internet et travaillait pour une société de vente de produits culturels (type Amazon) avec notamment la gestion du back office. Du temps aura été nécessaire avant ce choix de rejoindre et gérer le domaine familial en 2007, à l’heure de la retraite bien méritée des parents de Christine, Isabelle et Nicolas.
Défis à relever et potentiel de développement
“Nous avons réfléchi un an sur les avantages et les inconvénients dans notre vie professionnelle mais aussi notre vie personnelle, confirme Christine. Quand on a des carrières professionnelles bien lancées et prometteuses, quand on se fait un nom dans nos métiers, et qu’on repart de presque zéro, c’est un gros challenge. Mais ce qui m’a vraiment motivée c’était d’être entrepreneuse, avoir des défis à relever, reprendre une exploitation déjà bien prospère, mais où il y avait un énorme potentiel de développement. Mon père produisait 45 000 bouteilles ce qui laissait une marge sur les 8 hectares exploités”.
Pas facile de quitter la vie parisienne, la richesse de la vie culturelle, l’anonymat et surtout ses amis. Pas facile de retourner à l’école même pour adultes (BPREA, formations en langues, commerce, dégustation…). Mais leur décision était prise, leur formidable enthousiasme servira une rapide prise en main des aspects viticole, vinicole, commercial et administratif de l’entreprise.
“Libres de nos choix”
Une transition en douceur. “Il n’y a pas vraiment eu de tensions avec mes parents car le deal de départ était de quitter nos carrières respectives à la seule condition qu’ils nous laissent libres de nos choix quand nous serions dans l’entreprise. “J’ai dit cette phrase à mon père : Je ne quitte pas mon patron pour que tu sois le mien, raconte Christine. Il a acquiescé et tenu ses engagements par la suite. Cela n’empêche pas qu’il nous donne toujours son avis, même s’il est contraire à ce qu’on décide. Il ne nous a jamais empêchés de rien et à la fin il nous soutient toujours dans tous nos choix”. Le lien reste fort évidement : “Ma mère a arrêté vraiment de travailler, sauf le coup de main indispensable à la cuisine au moment des vendanges et du tirage, sans compter un marché de Noël de temps en temps. Quant à mon père, même s’il a beaucoup ralenti, nous pouvons toujours compter sur lui aux vendanges, pour des livraisons et à quelques étapes clés de la vinification comme la filtration. En fait maintenant c’est un peu moi son patron… Bon ok, quand il a envie”, sourit-elle. Soutien, complicité, recul et au final une intelligente passation de pouvoir, car le grand-père Alexis s’était comporté de la même façon quand il avait transmis l’exploitation.
Aller au bout de la démarche qualitative vigneron
Comment s’organise le travail à Vincelles, dans les huit hectares familiaux composé de 70 % pinot meunier, 15 % pinot noir et 15 % chardonnay situé au cœur de la vallée de la Marne? Toutes les décisions stratégiques se prennent à deux : pratiques environnementales, méthodes de vinification et assemblages, création des cuvées, noms et étiquettes, site internet, prospection en France et à l’étranger… “Après on a chacun des idées, et on les façonne à deux, précise Christine. L’Extra-brut c’est un peu de bébé de Vincent, le 100 % meunier ou le 100 % pinot noir, ce sont les miens”.
Au quotidien, sur la logistique notamment, les tâches sont plus précises. Une fois les assemblages validés en commun, Vincent s’en occupe. Si la décision est prise de tenter le marché chinois, c’est Christine qui part. Et pour certaines missions les rôles sont bien dévolus : ainsi Vincent gère le programme de traitement, Christine s’occupe de la facturation clients.
Il aura fallu en prendre de bonnes décisions, comme réfléchir aux meilleurs investissements, pour que les champagnes Piot-Sévillano pèsent aujourd’hui 60.000 bouteilles par an. Avec encore beaucoup de clients particuliers, mais aussi de plus en plus de professionnels et des marchés à l’export (en hausse, 15 % aujourd’hui). L’objectif reste de développer encore le remarquable travail accompli, de gagner en indépendance, d’aller jusqu’au bout de la démarche qualitative récoltant-manipulant. Voilà ce qui mobilise Christine, Vincent et leur équipe, trois ouvriers viticoles et une assistante arrivée en septembre, qui aidera au développement de l’oenotourisme.
Premier prix spécial Jeunes Talents du Champagne 2016
Le concours des Jeunes Talents du Champagne, co-organisé par Dites-nous tout Production et l’Agence de Développement Touristique de la Marne, offre un coup de projecteur sur des cuvées de terroirs et d’auteurs. En citant Christine et Vincent et pour honorer “leur performance en matière de projets, nouveautés, accueil du public et bulles bien sûr” le jury présidé par Philippe Jamesse (chef sommelier aux Crayères, Reims) a remis aux vignerons le nouveau “prix spécial” des Jeunes Talents du Champagne 2016. Une belle reconnaissance du dynamisme et travail accompli par le couple de Vincelles.