Emploi : recruter localement et sécuriser les plus précaires
France Travail s’est fortement mobilisé pour trouver des solutions aux difficultés de recrutement. L’agence d’Épernay a dédié une équipe de neuf personnes à un nouveau dispositif de centralisation de toutes les offres d’emploi de la Marne pour la récolte. L’agence d’Épernay a inauguré un nouveau dispositif de centralisation de toutes les offres d’emploi de la Marne pour la récolte.
« L’idée était d’avoir une équipe sur un même lieu pendant environ trois mois pour gérer les offres d’emploi et trouver des candidats. Nous avons créé une ligne directe pour les employeurs, et à partir du 1er août, une seconde pour les candidats », explique Christelle Marquez, directrice de l’agence d’Épernay.
Par ailleurs, les huit agences de la Marne à Reims, Châlons, Vitry-le-François, Sézanne et Épernay se sont coordonnées pour convoquer 2 200 demandeurs d’emploi potentiellement concernés par les vendanges. Dans le même temps, plus de 2 000 domaines employeurs ont été sollicités pour déposer des offres. « Grâce à ces dispositifs, nous avons satisfait 1 582 postes contre 896 en 2023, soit une augmentation de 77 % », souligne la directrice.
France Travail a également collaboré avec le Conseil départemental de la Marne pour une expérimentation visant à employer des bénéficiaires du RSA du bassin chalonnais et rémois.
Cinq employeurs ont répondu à cette proposition, dont la contrepartie était d’assurer le transport et le déjeuner des candidats. Parmi ces derniers : Hervé Sanchez, vigneron à Vertus et administrateur du SGV : « On arrive à loger un certain nombre de vendangeurs, mais pas tous. Nous recherchions donc des saisonniers habitant à proximité. France Travail a effectué la présélection des candidats et organisé les rencontres. Nous en avons retenu huit en fonction de la capacité de notre véhicule de transport. Pour moi, c’est très positif, ils se sont très bien intégrés et ont effectué le travail parfaitement. En fait, ils sont tout à fait prêts à travailler, mais ce qui coince, c’est le moyen de transport. »
Une remarque confirmée par Christelle Marquez pour qui la mobilité est un frein très important à l’emploi rural. « Quand les viticulteurs assurent le transport collectif, on pourvoit beaucoup plus facilement les offres. Nous avons vu beaucoup de demandeurs d’emploi prêts à faire les vendanges, mais pour qui nous n’avons pas trouvé de solution de transport. »
Les agents de France Travail ont par ailleurs installé une permanence durant deux semaines à la gare d’Épernay en partenariat avec le Club de prévention pour prendre en charge les personnes en recherche d’employeurs.
« Pour la première fois, on a senti une volonté de toutes les parties prenantes de s’emparer du problème de l’emploi. Le préfet a mis à disposition beaucoup de moyens pour que la vendange se déroule dans les meilleures conditions possibles. C’est très satisfaisant et j’espère que cela continuera en 2025 », souligne la directrice.
Prévenir et guérir
Dans le dispositif, le Club de prévention avait la tâche de poser un diagnostic sur le public souvent d’origine subsaharienne arrivant à la gare d’Épernay, et de mener des actions de protection avec France Travail pour leur éviter de tomber sous la coupe d’employeurs peu scrupuleux, voire avec des pratiques délictueuses.
« En règle générale, ils arrivent sans contrat et se débrouillent par leurs propres moyens pour dormir et manger. Ils sont repérés par les camions de prestataires qui viennent les chercher à la gare ou derrière le cinéma juste à côté. En discutant avec eux, on a noté des abus sur les salaires, certains qui ont attendu très longtemps pour que leurs employeurs reviennent à la gare pour les payer et d’autres qui sont repartis sans rien », explique Corinne Vallard, la directrice adjointe du Club.
Entre quinze et trente personnes ont été approchées par les éducateurs alors qu’ils occupaient le square devant la gare ou encore un lieu couvert dans le quartier Bernon. « Nous leur avons proposé de contacter les équipes de France Travail installées dans le hall de la gare avec l’assurance de travailler pour un employeur qui respecte la loi. Un certain nombre d’entre eux ayant des papiers en règle ont accepté. »
Prestation de services : les prestataires champenois se fédèrent
Souvent stigmatisés et injustement rendus responsables de tous les mauvais comportements, les prestataires de services champenois ont créé leur syndicat pour revendiquer leur déontologie et leur savoir-faire.
« Les vendanges 2023 avec leurs affaires de traites d’êtres humains ont été un véritable électrochoc pour les prestataires champenois. Il fallait vraiment réagir et se fédérer, car on ne se reconnaissait pas du tout dans ce qui était décrit, notamment dans la presse. Sous l’impulsion du Comité Champagne, nous avons donc créé la section Champagne du Syndicat des entrepreneurs du territoire 51 pour avoir une représentation officielle de nos métiers », explique Hélène Schlichter, présidente d’EDT51 et responsable commerciale de la société de prestation Evici.
« On sait bien qu’il y a des sociétés opportunistes, souvent étrangères au territoire, créées spécialement pour la récolte et certaines posent de véritables problèmes. Mais l’immense majorité des prestataires respectent strictement la loi et sont des partenaires incontournables et respectés des vignerons et des maisons. C’est bien ceux-là qu’il faut valoriser », poursuit-elle. Sollicités par le Comité Champagne, les prestataires se sont manifestés et ont immédiatement donné suite et entrepris les démarches pour se structurer en syndicat.
« Le travail a commencé avec la création de la plateforme Vitiargos qui permet aux prestataires de se référencer et d’effectuer un autodiagnostic pour évaluer ses bonnes pratiques. Après, c’est aux donneurs d’ordre de faire leur choix en fonction du niveau d’engagement qu’ils souhaitent. »
Selon elle, la création d’EDT51 et de la plateforme Vitiargos marque une évolution attendue par toute la filière champagne qui a redéfini ses critères sociaux pour les saisonniers. « Le plan d’action du Comité Champagne est vraiment exemplaire. On a assisté à une prise de conscience collective et une véritable volonté de progrès. Nous avons le sentiment que la filière est pleinement engagée dans une démarche de transparence vis-à-vis de la prestation. Cela permettra de distinguer plus facilement les acteurs sérieux des sociétés opportunistes. »