La reconstitution du SGV après la guerre

5/01/17

Temps de lecture : 6 minutes

Auteur :

Le SGV détient dans ses archives les registres des délibérations de son conseil d’administration depuis 1945. La lecture de ces vieux livres est passionnante et La Champagne Viticole vous propose une nouvelle rubrique consacrée au passé du syndicat des vignerons.
 Le registre des délibérations commence avec un « rapport sur la réorganisation du SGV » signé par G Vialas, directeur régional des services agricoles à Châlons-sur-Marne. Après la libération, il avait eu pour mission de reconstituer le syndicat dans le contexte de la dissolution des organismes corporatifs. On comprend, au travers de ce document, que l’administration préféra organiser des élections plutôt que de renommer le conseil d’administration de 1939 (ce qui aurait impliqué de « soumettre ses membres à la commission d’épuration »). Mr Vialas s’appuya sur les maires des communes viticoles pour organiser le scrutin.
Les élections de 1945 reconstruisirent le syndicat sur une base communale et cantonale. 189 communes viticoles élurent des délégués communaux, qui élurent à leur tour des délégués cantonaux sur la base d’un pour 400 ha cultivés par les vignerons. Les communes ayant moins de 10 ha de vignes furent regroupées pour la désignation des délégués communaux. Les cantons de Bourgogne, Fismes et Reims furent rattachés pour la désignation de leur délégué cantonal, de même que les cantons de Montmort et de Sézanne.
Le rapport relève que cette reconstitution par le biais d’une nouvelle élection redonnait aux viticulteurs le libre choix de leurs représentants tout en excluant du vote les vignerons encore prisonniers ou déportés. C’est pourquoi monsieur Vialas proposa au nouveau conseil de proclamer Gaston Poittevin et Henri Martin membres d’honneur du syndicat, dans l’attente de leur retour. Après les élections, un comité provisoire se chargea d’organiser l’assemblée générale des délégués cantonaux préfigurant le conseil d’administration du syndicat.
A la fin de son rapport, le directeur des services agricoles invitait le nouveau conseil à ne jamais oublier « qu’avant de détruire, il faut avoir dressé les plans du nouvel édifice pour, dès le premier jour, se mettre hardiment à la tâche de bâtisseur ». Il les invitait à réfléchir « dans le calme et la réflexion impartiale » à l’avenir du CIVC.
Le premier conseil d’administration du SGV reconstitué se réunit le 23 février, sous la présidence d’Albert Dagonet, viticulteur à Boursault. Jean Nollevalle avait été recruté pour assurer la mission de secrétaire administratif. L’année syndicale fut rythmée par la réunion de huit séances du conseil et de deux assemblées générales des délégués de section, en mars et en août. Le premier objectif des nouveaux élus était de reconstruire l’organisation du syndicat. Néanmoins, le CIVC était également au centre des débats : organisme répartiteur issu d’une loi de Vichy et symbole d’une domination du commerce sur le vignoble, son avenir était en suspens. Messieurs Dagonet, Quénardel, Rebeyrolle et Dambron furent désignés pour représenter la propriété au sein de la commission interprofessionnelle provisoire remplaçant le Comité. Parallèlement, fut mise à l’étude la question de la reconstitution d’un organisme, de la mise en place d’une simple commission interprofessionnelle ou de la cessation de toute formalisation de lien avec le commerce.
A cette époque, le SGV incitait les vignerons à développer le réseau coopératif. Une circulaire fut envoyée pour encourager les présidents de section à créer des coopératives et une conférence fut organisée sur le sujet. Parmi les sujets récurrents on peut également citer la question de la répartition du sulfate, du souffre, du sucre, de l’essence et des matériels agricoles, qui constituait visiblement une préoccupation importante.
La réorganisation du syndicat
En 1945, le conseil d’administration reconstitué s’est mobilisé sur la remise en route du syndicat : réécriture des statuts ; désignation de « commissaires aux comptes » (Mrs Vizeneux, Beaufort et Dehours) et mise en place de cinq commissions d’études :

  • coopération et propagande pour la vente, présidée par Henri Macquart ;
  • finances et fiscalité (comptes du syndicat, fiscalité directe et indirecte), présidée par Charles Bliard ;
  • prix et interprofession (prix du raisin, de la bouteille, avenir du CIVC), conduite par le bureau du syndicat ;
  • propagande syndicale présidée par Marcel Gilmert ;
  • social (lois sociales, familiales, affaires ouvrières et calamités), présidée par Henri Rebeyrolle.

L’année 1945 a également vu la création de :

  • la commission des employeurs,  pour « élaborer les règes générales à suivre par les représentants des vignerons dans leur rapport avec les délégués ouvriers» ;
  • la commission des manipulants, pour répondre à la demande des RM de voir leurs intérêts spécifiques pris en compte « sans mettre en place un syndicat spécial qui aurait contribué à la division des vignerons » ;
  • l’idée d’associer les jeunes vignerons « pour intéresser ceux-ci aux questions syndicales et créer des cadres professionnels pour le vignoble» ;
  • l’extension et la dynamisation du réseau des sections locales avec la rédaction de nouveaux statuts des sections et la décision de leur attribuer une ristourne de 20 F/ha ;
  • l’autorisation de parution accordée au journal syndical ;
  • la cotisation syndicale fut fixée à 5 F/100 kg.

Les statuts de l’époque prévoyaient le renouvellement annuel de la moitié du conseil. Aussi, en décembre, le conseil tira au sort les membres sortants et décida de réorganiser le dispositif électoral sur une base régionale et non plus cantonale. Sur ce nouveau fondement, le conseil d’administration de 1946 allait être composé de 31 délégués issus de 10 circonscriptions : la Vallée de l’Ardre, la Petite Vallée de la Marne, la Grande Vallée de la Marne, la Vallée du Cubry, la Côte des Blancs, la Région de Congy, la Grande Montagne de Reims, la Petite Montagne de Reims et région Nord-ouest de Reims, l’Aisne et l’Aube.
 
Quelques sujets évoqués au conseil d’administration

  • Installation dans l’immeuble du SGV d’une plaque en mémoire de Gaston Poittevin, ancien président du SGV, Henri Martin, ancien président de la fédération des coopératives, Louis Dupont et de tous les membres du syndicat victimes de la guerre.
  • Vote en faveur du maintien de la caisse de la communauté champenoise et décision d’intégrer les dégâts provoqués par les noctuelles parmi les calamités indemnisées. Le règlement de la caisse fut réformé et la cotisation ramenée à 3 %.
  • Adhésion à la CGA (Confédération générale de l’Agriculture).
  • Demande d’envoi du PV à tous les membres, qui « sera satisfaite dans la mesure que permettra la pénurie du papier ».
  • Examen du prix de revient des chevaux pour l’établissement d’un tarif de travaux à tâche.
  • Rattachement de l’Association Viticole Champenoise à l’interprofession.
  • Délibérations de la commission départementale des impôts directs, où Fernand Bonnet avait défendu avec bonheur les vignerons contre une fiscalité trop lourde.
  • Avis favorable du Comité national des appellations contrôlées sur la réglementation des eaux de vie de marcs produits en Champagne.
  • Nomination de Monsieur Quénardel à la Fédération des associations viticoles de France et d’Algérie.
  • Désignation d’Albert Dagonnet au Comité national des appellations contrôlées.
  • Création d’une commission pour étudier la requête des vignerons de Venteuil d’une réforme de la réglementation de la taille.

 
L’organisation des vendanges
En 1945, les raisins étaient répartis au commerce et le syndicat des vignerons en négociait le prix à l’Hôtel de ville d’Epernay. Préalablement, le conseil réunit l’assemblée générale des délégués de section le 9 août, à la salle du Moulin de la filature. Il proposa les mesures suivantes :

  • fixation du prix en raisins triés avec prime à l’épluchage ;
  • répartition des crus sur une échelle allant de 75 à 100 % et 70 % pour l’Aube ;
  • prix de 37,50 F à la base et 50 F pour les crus à 100 % ;
  • admission de droit du président de la coopérative locale à la commission des vendanges chargée de désigner les vendeurs ;
  • paiement en deux échéances, au 15 novembre et au 15 mai avec intérêts à 3 % ;
  • inscription de la contenance des fûts sur leur fond en peinture blanche ;
  • contrôle des pressoirs organisé au niveau local, avec étalonnage des cuves.

Chaque président de réunion régionale exposa les vœux de l’assemblée qu’il avait réunie sur le prix du raisin. Il y eut des débats par rapport au refus du négoce de marquer les fûts et sur la suppression du CIVC… des débats si vifs, qu’ils amenèrent le conseil à demander un vote de confiance. L’assemblée renouvela sa confiance au conseil à l’unanimité moins 1 voix et décida que le SGV continuerait à se faire représenter au sein du CIVC, mais que cet organisme devrait être réformé. Pour finir, Henri Macquart, vice-président de la fédération des coopératives, rappela la nécessité d’intensifier la mise en place des coopératives et Jean Nollevalle fit le point sur les difficultés d’approvisionnement en sulfate.

Recherche

  • Par tranche de date

Recherches populaires :

Coopératives

Vendanges 2022

Oenotourisme

UNESCO

Viticulture durable

Plus d’articles

À la rentrée, les marchés se tiennent sages

Pour le mois de septembre, qui représente 9,1 % des ventes annuelles, la Champagne a expédié 23,4 millions de bouteilles, en recul de 21,2 % par rapport à 2022. À l’échelle de la filière, cette rentrée marque l’une des plus mauvaises performances mensuelles des huit dernières années.

Un repli des expéditions plus marqué en août

Pour le mois d’août, la Champagne enregistre des ventes de 21 millions de bouteilles, en recul de 12,6 % par rapport à 2022. La baisse de régime se poursuit mais néanmoins, les résultats restent encore dans la moyenne haute des neuf dernières années.

Vous souhaitez voir plus d'articles ?

Abonnez-vous

100% numérique

6€ / mois
72€ / 1 an

Numérique & magazine

80€ / 1 an
150€ / 2 ans

Magazine la Champagne Viticole