De soldat du feu à vigneron : histoire d’une reconversion heureuse

Il y a plusieurs vies dans une vie et c’est cela qui la rend passionnante. À l’aube de ses 40 ans, Guillaume Derible a raccroché son casque de pompier de Paris pour rejoindre l’exploitation familiale de Villiers-Saint Denis, où il apprend avec enthousiasme son nouveau métier de vigneron.

Temps de lecture : 4 minutes

Auteur : Alain Julien

En près de 20 ans de service à la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris, Guillaume a multiplié les interventions pour accomplir sa mission de protection des personnes et des biens, quelques fois au péril de sa vie : tant d’expériences plus ou moins tragiques qui ont forgé son caractère particulièrement volontaire et dynamique, avec un goût prononcé pour l’action.
« Quand l’heure de ma retraite a sonné à la Brigade, j’ai voulu faire un métier qui avait pour moi autant de sens que soldat du feu. Après avoir côtoyé beaucoup de malheurs, la perspective de donner de la joie aux gens en produisant du champagne, me paraissait une très bonne idée. Et comme mon père et ma mère gérante envisageaient leur départ de l’exploitation viticole, les planètes étaient alignées pour une reconversion heureuse », explique le jeune vigneron.

Guillaume est né à Château-Thierry en 1984 et représente dorénavant la troisième génération du Champagne Gallo, un domaine de cinq hectares plantés sur les coteaux de Villiers-Saint-Denis, à la frontière ouest de l’Appellation Champagne.
L’histoire viticole familiale commence avec l’arrivée en France en 1955 du grand-père maternel, qui quitte l’Italie à 11 ans. « Il a travaillé dans les vignes et s’est pris de passion pour le métier. Après avoir rencontré ma grand-mère viticultrice à Cramant, ils se sont installés à Villiers, où ils ont planté des vignes à partir de 1969. »

Les parents de Guillaume ont ensuite repris l’exploitation en 2004, avant de la transmettre à leur tour à leur fils.
« Mon grand-père a 80 ans, mes parents 60 et moi bientôt 40. 20 ans d’écart chacun qui leur permettent de m’accompagner avec toute leur expérience. Même si les choses ont évolué et que nous ne partageons pas totalement la même vision, c’est une aide vraiment précieuse », sourit-il.

Pour Guillaume, qui songeait à préparer son départ des pompiers de Paris, le déclic s’est opéré en 2018 alors qu’il donnait un coup de main à son père pour rentrer les gros volumes de cette vendange. « J’ai dû apprendre très vite, il fallait gérer l’arrivée des raisins et tout le processus de pressurage, il y avait de l’action et un bon niveau de stress, tout ce que j’aime. C’est là que j’ai compris que je rejoindrai l’exploitation. »

 

Reprendre tout à zéro

Ce sera trois ans après. En 2021, Guillaume s’assoit sur les bancs du centre de formation de Verdilly dans l’Aisne pour apprendre son nouveau métier et obtenir son Brevet professionnel responsable d’entreprise agricole (BPREA), et l’année suivante, il passera le concours de taille. « Je reprends tout à zéro. J’ai besoin de comprendre le maximum d’éléments de la viticulture et de la vinification. J’ai suivi plusieurs formations de comptabilité ou sur la commercialisation du champagne, notamment avec le Syndicat. »
Par ailleurs, il faut gérer tous les aspects fiscaux et juridiques de la transmission de l’exploitation en enchaînant les rendez-vous avec les comptables. « C’est complexe, mais comme cela a été bien préparé, c’est assez fluide », souligne Guillaume.

Pour le moment, le domaine Gallo livre une partie de sa production à Terroirs et vignerons de Champagne (TEVC) et récupère quelque 10 000 bouteilles composées de cinq cuvées et commercialisées principalement en France.
« Je suis très attaché à la coopération qui représente une grande force pour la Champagne, mais mon projet est de manipuler d’ici cinq ans. Je recherche un bâtiment où vinifier et je commencerai avec de petites unités pour monter progressivement en puissance. »

Le type de champagne qu’il souhaite produire ? « J’aimerais déjà élaborer trois monocépages qui seront vifs et dynamiques avec un effet “waouh”. Pour moi, le champagne est un vin festif qui ne doit pas être gnangnan ! Je veux quelque chose qui soit vivant, qui raconte quelque chose. »
Le vigneron souhaite déjà se développer sur le marché national et accroître sa valorisation. « Maintenant que je suis dans le métier, je comprends mieux la valeur d’une bouteille. Si on cherche à faire des vins d’excellence, on peut encore monter les prix. »
Il doit aussi moderniser sa communication. Déjà actif sur les réseaux sociaux, il va prochainement se doter d’un site internet avec l’aide de TEVC. Récemment, grâce à la bannière collective Champagne de Vignerons, il a participé aux vidéos « Champagne et Caractères » diffusées sur Instagram.

 

Un vivier de camarades pompiers

Côté viticulture, Guillaume revendique des pratiques respectueuses de l’environnement, mais réfute la radicalité de certains courants. « La Champagne a fait beaucoup d’efforts sur l’environnement et n’a rien à envier aux autres. Bien sûr qu’il faut faire attention, c’est notre responsabilité vis-à-vis de nos enfants, mais il faut arrêter de nous imposer des normes déconnectées des réalités du terrain », affirme-t-il.
Il regarde du côté des vignes semi-larges qu’il aimerait planter dans un avenir proche sur une parcelle. « Je suis convaincu par cette expérimentation et cela fera partie de la boîte à outils de la Champagne. L’idée est de changer le travail du sol avec du matériel plus polyvalent et moins cher et aussi d’améliorer les conditions de travail. »
Même s’il est préoccupé par les difficultés liées à l’emploi dans les vignes, Guillaume est plutôt serein pour le recrutement de ses vendangeurs. « J’ai un vivier de camarades pompiers, des hommes durs à la tâche et qui aiment faire la fête après le travail », s’amuse-t-il.

Sa grande fierté dans son histoire de reconversion : la continuation de la tradition familiale avec l’envie exprimée par sa fille de 11 ans d’entrer dans le métier quand elle sera grande. La quatrième génération se profile déjà au Champagne Gallo. 

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