Le sprint final est lancé

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Vue aérienne d'Hautvillers.

Vue aérienne d’Hautvillers.


Dans deux mois, la Champagne saura si la candidature des Coteaux, Maisons et Caves de Champagne rejoint la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco, à l’occasion de la 39e session du Comité qui se tiendra à Bonn, en Allemagne. Début avril, l’association Paysages du Champagne, porteuse de la candidature, a proposé un point d’étape.« Nous sommes le 8 avril, et le 8 juillet, nous saurons. » Ainsi Pierre Cheval a-t-il débuté son propos liminaire dans une salle de réception de la maison Ruinart, à Reims, devant une vingtaine de journalistes. Le président de l’association Paysages du Champagne a visité il y a quelques semaines la salle de conférence qui accueillera les 21 ambassadeurs de l’Unesco qui auront la lourde tâche d’inscrire, ou non, la Champagne au Patrimoine mondial. « C’était histoire de prendre la température, dans le même esprit de nos passages à Saint-Petersbourg en 2013 et à Doha en 2014, lors des dernières sessions du Comité du patrimoine mondial. » Le déroulement de ces réunions qui font la pluie et le beau temps des dossiers candidats à l’inscription n’a plus de secrets pour Pierre Cheval et son équipe. Si ce n’est l’ultime secret…
Côté planning, si la 39e session du Comité aura lieu du 28 juin au 8 juillet, a priori, les inscriptions 2015 seront connues entre le 4 et le 6 juillet. Pierre Cheval voit dans le lieu choisi pour cette session, Bonn, un clin d’œil positif. « C’est près de chez nous, nous entretenons des rapports privilégiés avec l’Allemagne depuis la Réconciliation, et dans l’histoire du champagne, l’Allemagne tient une place non négligeable. » Ces considérations n’auront bien sûr aucun poids sur les 21 ambassadeurs chargés de décider, mais il faut s’attacher à tous les détails. Un moment beaucoup plus important interviendra à la mi-mai, quand les experts de l’Icomos, l’organisation chargée d’instruire les dossiers pour l’Unesco, rendra sa copie. L’Icomos examine la candidature champenoise depuis juillet 2014. L’organisation attribue une note à chaque dossier, selon quatre graduations, de « bon pour inscription immédiate » à « non inscription » en passant par deux procédures de renvoi à plus ou moins long terme. Cette note sera adressée à l’Unesco, mais aussi aux porteurs des candidatures, qui sauront dès lors si les signaux sont plutôt verts, ou pas. Mais attention, si la note de l’Icomos peut permettre de mieux dormir ou d’imaginer déjà devoir se remettre au travail pour plusieurs années, parfois, elle ne préjuge pas de la décision finale. Les ambassadeurs seuls ont le pouvoir d’inscrire ou non un bien au Patrimoine mondial. Et là, comme toujours en matière de diplomatie, le jeu politique se met forcément en place.

« Le dossier champenois est classique par ses paysages, les coteaux, et aussi original parce qu’il touche au vivant ; notre patrimoine est vivant. »
Pierre Cheval,
président de l’association Paysages du Champagne, porteuse de la candidature au Patrimoine mondial

Longtemps, on a pu voir le dossier viticole de Bourgogne (les Climats de Bourgogne) comme un concurrent avant qu’en janvier 2014 le gouvernement français choisisse justement les deux projets voisins en matière comme en géographie. La candidature espagnole de la Rioja, qui « jouera » aussi à Bonn début juillet, a aussi été considérée comme une rivale. Finalement, on peut penser que la présence de trois dossiers viticoles à la même session est un avantage. Pour les ambassadeurs de l’Unesco, inscrire les trois candidats en même temps éviterait de nombreux nœuds diplomatiques. Refuser les trois projets aussi, mais soyons de nature optimiste !
Le 8 avril, Pierre Cheval a bien rappelé que le « propos de l’Unesco n’est pas d’organiser un concours de beauté, mais bien de valoriser des biens universels exceptionnels, et cette valeur, nous devons la prouver, c’est elle et elle seule qui démontrera que la Champagne peut être inscrite au Patrimoine mondial ». Selon le président de la candidature, le dossier champenois est « global, il intègre des notions matérielles, comme les coteaux, les caves et les maisons, et immatérielles, comme les pratiques culturelles et industrielles, ses progrès, son organisation professionnelle et interprofessionnelle ». Autant de critères qui contribuent à conférer à la candidature sa valeur exceptionnelle. Pour la valeur universelle, la réputation mondiale du champagne et de la Champagne est évidente, aujourd’hui, comme depuis l’origine même des vins de Champagne : « Très vite, la filière champenoise a cherché à expédier des flacons de par le monde. » Ces éléments sont autant de critères a priori favorables au dossier. Pierre Cheval poursuit l’explication : « Après avoir inscrit des bien évidents du patrimoine architectural, c’est le cas de la cathédrale de Reims par exemple, ou encore du Mont Saint-Michel, les ambassadeurs de l’Unesco cherchent depuis plusieurs années à retenir des bien vivants. L’inscription du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais en 2012 en témoigne. Quand on sait ce que l’inscription a fait pour ce territoire, on ne peut qu’espérer l’avoir nous aussi. Dans le bassin minier, l’inscription a littéralement changé la vision de ce territoire, pour ses habitants comme pour les visiteurs. Avec, comme élément le plus visible, l’ouverture du musée du Louvre-Lens, en 2012. » Un autre élément est de nature à rendre optimiste : peu de biens similaires aux Coteaux, Maisons et Caves de Champagne ont déjà été retenus dans le passé par l’Unesco. « On peut évoquer Tequila, la région et la boisson, au Mexique », rappelle Pierre Cheval (lire encadré).
Fin juin et début juillet à Bonn, le Comité du Patrimoine mondial examinera 38 dossiers (lire encadré). « A chaque session du Comité, 40 dossiers en moyenne sont instruits, nous sommes dans la moyenne, précise Pierre Cheval. Les 38 dossiers sont solides, sinon, ils auraient déjà été éliminés. Il n’est pas rare que, lors d’une session, la moitié des dossiers présentés soit retenue pour inscription immédiate, mais attention, il n’y a pas de quotas, les ambassadeurs sont libres. »
La France est le pays qui compte le plus de biens inscrits (39) à la liste du Patrimoine mondial. Les Coteaux, Maisons et Caves de Champagne et les Climats du vignoble de Bourgogne pourraient devenir les 40e et 41e biens français à rejoindre un cercle vertueux et très fermé.

« Il nous faut dépasser notre quotidien de Champenois pour réussir quelque chose d’extraordinaire. »
Pierre Cheval,
président de l’association Paysages du Champagne, porteuse de la candidature au Patrimoine mondial


Des ambassadeurs de l’Unesco en Champagne en mai
Après la visite de sept ambassadeurs en Champagne à l’occasion de la dernière édition des Habits de Lumière – les ambassadeurs avaient d’ailleurs été invités à partager un dîner officiel au Syndicat général des vignerons -, d’autres ambassadeurs qui siègeront au Comité du Patrimoine mondial à Bonn viendront à Reims le 22 mai. Ils visiteront des crayères à Reims et la cathédrale Notre-Dame.


Catégorie Paysage culturel évolutif vivant
Les Coteaux, Maisons et Caves de Champagne, présentés comme les espaces de la naissance, de la production et de la diffusion commerciale mondiale du vin de Champagne, devenu le modèle des vins effervescents, visent l’inscription au Patrimoine mondial de l’Unesco dans la catégorie Paysage culturel évolutif vivant, née en 1992 pour désigner un ouvrage combiné de l’Homme et de la nature. Elle dépasse la simple échelle du monument ou du site et permet de montrer comment une activité humaine est la source de nouveaux paysages et d’une culture particulière.


Un bien, 14 éléments, toute une appellation
Si le bien présenté dans la candidature champenoise est officiellement et clairement délimité aux coteaux historiques du champagne, à l’avenue de Champagne à Epernay et à la colline Saint-Nicaise à Reims, ils se définissent comme des sites témoins de l’AOC, et les notions de zone de vigilance (préservation et valorisation autour des trois sites) et de zone d’engagement (qui adopte des principes de bonne conduite vis-à-vis du paysage et du patrimoine) confèrent au dossier une reconnaissance de l’ensemble de l’appellation Champagne.
La candidature des Coteaux, Maisons et Caves de Champagne précise quatorze éléments officiellement présentés comme constituant le bien proposé pour inscription :
– les coteaux d’Hautvillers ;
– les caves coopératives d’Hautvillers ;
– la cave Thomas à Hautvillers ;
– les coteaux d’Aÿ ;
– les caves d’Aÿ ;
– les coteaux de Mareuil-sur-Aÿ ;
– les caves de Mareuil-sur-Aÿ ;
– la colline Saint-Nicaise à Reims ;
– les caves Pommery, Ruinart, Veuve-Clicquot, Charles Heidsieck à Reims ;
– les caves Taittinger à Reims ;
– les caves Martel à Reims ;
– l’avenue de Champagne à Epernay ;
– le fort Chabrol à Epernay ;
– les caves de l’avenue de Champagne à Epernay.


Les vignobles déjà inscrits
Le Comité du Patrimoine mondial a déjà reconnu des vignobles : Lavaux (Suisse), le Douro (Portugal), l’île de Pico (archipel des Açores, Portugal), la côte de Tokaj (Hongrie), ou encore la juridiction de Saint-Émilion, dans le vignoble bordelais.


Le champagne comme la tequila ?
En 2006, le Comité du Patrimoine mondial a inscrit le Paysage d’agaves et les anciennes installations industrielles de Tequila, au Mexique. « Le site de 34 658 ha s’étend du pied du volcan Tequila jusqu’au canyon du Rio Grande, détaille l’Unesco. Il comprend de vastes paysages d’agaves bleues, façonnés par la culture de cette plante qui est utilisée depuis le XVIe siècle pour produire la tequila et depuis au moins 2 000 ans pour fabriquer des boissons fermentées et des textiles. On trouve dans ce paysage des distilleries en activité qui reflètent l’essor de la consommation internationale de tequila au XIXe et XXe siècles. Aujourd’hui, la culture de l’agave est considérée comme un élément intrinsèque de l’identité nationale mexicaine. La zone englobe un paysage vivant et exploité de champs d’agaves bleus et les peuplements urbains de Tequila, El Arenal et Amatitan, abritant de grandes distilleries où le cœur de l’agave (l’ananas) est fermenté et distillé. La zone comprend également des sites archéologiques qui contiennent des témoignages de la culture Teuchitlan qui a façonné la zone de Tequila de 200 à 900 apr. J.-C., notamment à travers la création de terrasses pour l’agriculture, d’habitations, de temples, de tertres cérémoniels et de terrains de jeu de balle. »


Les ambassadeurs à convaincre
Selon la convention du Patrimoine mondial, le mandat d’un membre du Comité dure six ans, mais la plupart des Etats parties choisit volontairement d’être membre du Comité pour une période de quatre ans, afin de donner à d’autres l’opportunité de faire partie du Comité. Tous les membres élus lors des deux dernières assemblées générales (2009 et 2011) ont décidé de réduire volontairement leur mandat de six à quatre ans. L’élection de nouveaux membres a lieu tous les deux ans lors de l’assemblée générale des Etats parties à la convention.
Le Comité du Patrimoine mondial qui se réunira en session à Bonn cet été est composé des ambassadeurs des pays suivants : Algérie, Allemagne, Colombie, Croatie, Finlande, Inde, Jamaïque, Japon, Kazakhstan, Liban, Malaisie, Pérou, Philippines, Pologne, Portugal, Qatar, République de Corée, Sénégal, Serbie, Turquie, Viêt Nam.
Enfin, le Comité a également un bureau, composé de sept Etats parties élus annuellement. Actuellement, Maria Böhmer (Allemagne) préside le bureau, Hicham Cheaib (Liban) en est le rapporteur, et les vice-présidentes sont assurées par la Croatie, l’Inde, la Jamaïque, le Qatar et le Sénégal.


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