Association Viticole Champenoise : 125 ans d’innovation et d’histoire

Pour son édition 2023, la grand-messe des services techniques de l’interprofession champenoise a mis en lumière le credo de l’AVC, depuis sa création en 1898 : « S’investir pour le progrès technique et scientifique ».

Temps de lecture : 3 minutes

Auteur : Guillaume Perrin

« Nous croyons au progrès, à la technique, à la science. Le débat est nécessaire et ce n’est pas un problème : le problème, c’est la remise en cause parfois systématique des résultats techniques sans argument solide, ou pire, par des arguments fondés sur des croyances. Et cela va continuer, tant les sujets de controverse sont nombreux : autant de possibilités de s’exprimer avec passion ou véhémence, et autant d’occasions d’être ultracrépidarien », a-t-il glissé en clin d’œil au philosophe des sciences Étienne Klein, le conférencier choisi par l’AVC cette année.

Devant une salle comble, les différents intervenants ont dressé un état des lieux précis de la campagne 2023 avant de décrire les pistes d’innovation de la filière. Des interventions toujours agrémentées de vidéos pédagogiques mais laissant une large part à l’humour.

 

« Une année faite de hauts et de bas »

Tout au long de cette campagne viticole « sur le fil du rasoir », l’enjeu sanitaire a été une source majeure de préoccupation, alimentant les débats sur les dates d’ouverture de la cueillette et provoquant des phénomènes d’engorgement aux pressoirs.

La vendange 2023 est désormais officiellement la deuxième plus volumineuse de l’histoire de la Champagne, avec 21 000 kg/ha : le record absolu en matière de poids des grappes – 220 grammes en moyenne – qui a fait l’actualité cette année, n’est pas étranger à ce record. Devant ces chiffres inédits, Sébastien Debuisson ironise : « Cela ne va pas vous inciter à arracher en 2024 malgré des dispositifs extraordinaires sur le terrain… »

C’est avéré, le vignoble ne se renouvelle pas assez. Seulement 0,84 % de la surface en production a fait l’objet d’arrachages en 2023, soit 286 ha, alors qu’il faudrait replanter 3 % du vignoble chaque année pour le rajeunir.

 

L’explosion de la flavescence dorée

« C’est peut-être grâce à la flavescence dorée que l’on va pouvoir renouveler notre vignoble », grince Sébastien Debuisson. En effet, si l’objectif de surveillance de la flavescence dorée a été atteint cette année, avec 9 800 ha prospectés pour 16 900 ceps prélevés, les résultats s’avèrent préoccupants : 14 communes sont touchées par la flavescence dorée. En vallée de la Marne, plusieurs foyers sont en expansion. Des foyers « de grande ampleur » ont également été découverts à Mareuil-le-Port, Festigny, Leuvrigny et Troissy.

Pourtant, avec des réactions adaptées (arrachage élargi, prospection précoce…), la contamination peut être contenue, comme à Vert-Toulon. La recette ne change pas : « surveillance, arrachage, lutte contre le vecteur et plantation de matériel végétal sécurisé », et elle doit être suivie par tous les acteurs à chaque étape clé du travail de la vigne.

Désormais, l’urgence est « d’intégrer au quotidien le nettoyage du matériel en sortie de parcelle », sans pour autant reléguer les prospections collectives au second plan malgré les calendriers serrés. « Des arrachages réglementaires et massifs nous menacent », avertit Géraldine Uriel.

 

Une nouvelle maison de la Champagne en 2028

Enfin, le Comité Champagne a conclu cette assemblée en dévoilant son dernier grand projet. Rendez-vous en 2028 pour découvrir la nouvelle maison de la Champagne à Épernay : l’interprofession va se doter d’un nouveau centre de recherche, de développement et d’innovation « à la hauteur des enjeux du moment », bâti sur les friches des anciennes halles des ateliers ferroviaires sparnaciens.

 

Paroles de présidents

Christophe Rapeneau, président de l’AVC :

La qualité seule n’a pas de sens sans la durabilité. Notre ambition pour 2050, c’est le Net zéro carbone. Pour cela, il faut réduire nos émissions de gaz à effet de serre et compenser notre impact carbone à l’échelle de nos exploitations. Nous devons restaurer la biodiversité notamment par la plantation de haies, ce qui permettra de stocker du carbone. L’image d’une Champagne durable sera également bénéfique pour nos consommateurs.
Mais nous devons faire face à une menace : la flavescence dorée. Je vous le demande : participez à la lutte collective contre la flavescence dorée, qui entraîne le dépérissement de la vigne à une vitesse vertigineuse. La prospection est primordiale. Il faut arracher les pieds suspects afin de limiter la progression de la maladie.
Pour rappel, notre association a été créée en 1998 afin de trouver des solutions collectives pour combattre le phylloxéra.

 

Maxime Toubart, président du SGV :

Le choix que nous avons fait d’investir dans notre Interprofession, principalement au profit du Pôle technique, est le bon. La Champagne avance et continue de se doter d’outils novateurs pour toujours améliorer les pratiques. Mais nos efforts resteraient vains devant l’absence de courage de nos gouvernants face à une certaine vision dogmatique.
Je veux parler ici du projet de règlement européen « SUR », relatif à l’utilisation des produits phytosanitaires, qui a été rejeté.
Désormais, la balle est dans le camp du Conseil des ministres, donc de notre ministre de l’agriculture. Nous sommes opposés au compromis qui consisterait à renvoyer les décisions, notamment sur les zones sensibles, dans chaque État membre. Pas question que chacun définisse ses propres règles dans un marché unique. Il s’en suivrait une concurrence déloyale.
Notre gouvernement tient un discours à Paris. Nous attendons qu’il agisse conformément à sa parole à Bruxelles. Nous serons transparents vis-à-vis des vignerons sur les positions défendues par les groupes politiques et les votes à la veille des élections européennes.
Nous en appelons enfin aux organisations viticoles nationales et européennes. Il est urgent de reconstruire un syndicalisme viticole fort, il est urgent que les organisations s’expriment d’une seule et même voix et se donnent les moyens de se faire entendre. Il est urgent aussi que le négoce, concerné par ces sujets, ne reste pas silencieux et soit présent à nos côtés pour convaincre. Je vous rappelle que pour vendre du champagne, il faut les raisins du vignoble.

 

David Chatillon, président de l’UMC :

La filière porte la responsabilité des hommes et des femmes qui participent à son activité et cela dépasse très largement la seule responsabilité d’un employeur à l’égard de ses salariés.
La filière est engagée et doit pouvoir compter sur l’État pour améliorer l’efficacité des contrôles et sanctionner sévèrement les auteurs d’infractions dont les agissements scandaleux menacent notre Appellation. Nous ferons tous les efforts possibles, mais ils seront vains si les voyous qui profitent des vendanges pour se livrer à des pratiques inqualifiables, ne sont pas mis hors d’état de nuire.
Notre chiffre d’affaires devrait rester stable, ce qui est appréciable dans un contexte où les comptes de résultat vont être fortement affectés par la hausse des taux d’intérêt […] Si la conjoncture évolue, notre cap, lui, demeure inchangé. Nous devons continuer à viser l’excellence dans tous les domaines, cela n’est pas la voie de la simplicité, mais c’est l’unique voie de la prospérité.
Les maisons vont continuer de faire le job en entretenant l’image du champagne et en défrichant de nouveaux marchés. Tous les expéditeurs continueront de bénéficier de ce travail, en particulier les plus petits qui n’ont pas les moyens de faire connaître l’appellation à des consommateurs lointains.
Ce modèle est vertueux. Partout où je vais, […] la présence nombreuse de plus petits opérateurs contribue à animer la catégorie. Autrement dit, lorsque le consommateur devient un peu plus connaisseur, il est heureux de continuer de déguster les marques qui lui ont fait connaître le champagne, mais il est curieux de découvrir d’autres élaborateurs.

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