Maxime Toubart : « Nous souhaitons augmenter la réserve individuelle pour sécuriser nos approvisionnements »

Le SGV, organisme de défense et de gestion de l’AOC Champagne, a réclamé à l’Inao le relèvement du dispositif de réserve individuelle de 25 %. Maxime Toubart, le président du Syndicat, nous explique cette démarche.

Temps de lecture : 3 minutes

Auteur : Alain Julien

L’année dernière, un nouveau dispositif de sortie réserve différée a été mis en place, puis le SGV a obtenu le déplafonnement exceptionnel du rendement butoir pour rentrer plus de raisins, aujourd’hui il est question de porter la réserve individuelle de 8 000 à 10 000 kilos. Qu’est-ce qui motive cette nouvelle mesure sur la réserve ?

En Champagne, on sait tirer les leçons des années passées et on sait surtout s’adapter pour préparer l’avenir. L’idée est de se donner les moyens de rentrer le maximum de raisins de qualité quand la nature est généreuse afin d’anticiper des vendanges plus difficiles. La Champagne régule pour maîtriser ses marchés en fonction des perspectives d’expédition de la filière, c’est la force de notre appellation. C’est ce qui nous a permis jusqu’à présent de traverser toutes les crises sans affecter le partage de la valeur entre tous les acteurs.

La réserve interprofessionnelle qualitative est l’outil fondamental de la résilience de notre AOC, c’est notre assurance récolte. Sa première mise en œuvre date de 1938 puis elle est devenue une obligation collective à partir de 2007 avec un plafonnement de 8 000 kg par hectare décidé en 2011, ce qui correspond à une vendange moyenne d’avance. Depuis une quinzaine d’années, nous devons faire face à la baisse récurrente de productivité de la vigne. La moyenne décennale est passée de 16 000 kg/ha en 2009 à 11 600 kg/ha en 2022, soit la valeur observée à la fin des années 1980.

Les facteurs expliquant cette baisse sont multiples, vieillissement du vignoble, dépérissement, évolution des pratiques viticoles et bien sûr changement climatique. On constate en particulier que l’exposition aux gelées de printemps est de plus en plus fréquente avec l’avancement du débourrement de la vigne. Les aléas climatiques sont responsables en moyenne d’une perte de 23 % par an du potentiel de production sur les dix dernières années.

Pour répondre à ces défis, nous avons donc décidé au sein du Comité Champagne d’améliorer cette réserve en l’augmentant de 25 %.

Quelles sont les étapes de cette nouvelle mesure ?

Le SGV est l’Organisme de défense et de gestion de la Champagne. En ce sens, c’est à lui de veiller au cahier des charges de l’AOC et à sa bonne application. Fin juin, le Conseil d’administration du SGV a voté favorablement pour un relèvement du plafond de la réserve interprofessionnelle à 10 000 kilogrammes de raisins par hectare. La demande a été transmise au Comité national de l’Inao qui l’a provisoirement approuvé.

J’insiste sur le provisoirement, car il faut respecter la procédure. Il appartient désormais au Comité national de l’INAO en date du 7 septembre de confirmer cette validation. Une procédure nationale d’opposition de deux mois s’ouvrira ensuite. Il faudra attendre l’homologation du cahier des charges modifié pour que la mesure soit applicable.

Est-ce que les viticulteurs pourront bénéficier de ce relèvement dès la vendange 2023 ?

Normalement, oui. Il y a deux conditions pour cela : l’homologation du cahier des charges avant le 31 janvier 2024 qui est la principale condition pour que cette mesure s’applique à la vendange 2023 et bien entendu, le bon vouloir de la vigne qui décidera bien elle-même de son rendement agronomique. Au moment où je réponds à cette question, cela se présente sous un jour très favorable, mais le souvenir de l’année 2017 nous rappelle à la prudence. En attendant, nous préparons les traditionnelles négociations au sein du Comité Champagne pour déterminer le rendement commercialisable.

La réserve est l’outil phare de notre appellation, tout le monde nous envie cette possibilité de mettre de côté des jus pour se sécuriser et pour parfaire la qualité de nos vins. En tant que président du SGV et en tant que vigneron, je souhaite vivement que cette nouvelle mesure s’inscrive dans le temps, car elle est nécessaire pour pérenniser nos exploitations.

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